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LA PRECARITE EST AUJOURD’HUI PARTOUT

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PIERRE BOURDIEU, Sociologue --
Intervention lors des Rencontres européennes contre la précarité
(Décembre 1997)

 

[…] Il est apparu clairement que la précarité est aujourd’hui partout. Dans le secteur privé, mais aussi dans le secteur public, qui a multiplié les positions temporaires et intérimaires, dans les entreprises industrielles, mais aussi dans les institutions de production et de diffusion culturelle, éducation, journalisme, média, etc… où elle produit des effets toujours à peu près identique… : la déstructuration de l’existence, privée entre autres choses de structures temporelles, et la dégradation de tout le rapport au monde, au temps, à l’espace, qui s’ensuit.
La précarité affecte profondément celui ou celle qui la subit ;  en rendant tout l’avenir incertain, elle interdit toute anticipation rationnel et, en particulier, ce minimum de croyance et d’espérance en l’avenir qu’il faut avoir pour se révolter, surtout collectivement, contre le présent, même le plus intolérable.
Ainsi la précarité agit directement sur ceux qu’elle touche (et qu’elle met en fait hors d’état de se mobiliser) et indirectement sur tous les autres, par la crainte qu’elle suscite et qu’exploitent méthodiquement les stratégies de précarisation, comme l’introduction de la fameuse « flexibilité », dont on aura compris qu’elle s’inspire de raisons politiques autant qu’économiques. On commence ainsi à soupçonner que la précarité est le produit non d’une fatalité économique, identifié à la fameuse « mondialisation », mais d’une volonté politique.
L’entreprise « flexible » exploite en quelque sorte délibérément une situation d’insécurité qu’elle contribue à renforcer : elle cherche à abaisser ses coûts, mais aussi à rendre possible cet abaissement en mettant le travailleur en danger permanent de perdre son travail. Tout l’univers de la production matérielle et culturelle, publique et privée est ainsi emporté dans un vaste processus de précarisation…
La précarité s’inscrit dans un monde de domination d’un nouveau type, fondé sur l’institution d’un état généralisé et permanent d’insécurité visant à contraindre les travailleurs à la soumission, à l’acceptation de l’exploitation.
Pour caractériser ce mode de domination qui, bien que dans ses effets, il ressemble de très près au capitalisme sauvage des origines, est tout à fait sans précédent, quelqu’un a proposé ici le concept à la fois pertinent et très expressif de FLEXPLOITATION. Ce mot évoque bien cette gestion rationnelle de l’insécurité, qui, en instaurant, notamment à travers la manipulation concertée de l’espace de production, la concurrence entre les travailleurs des pays aux acquis sociaux les plus importants, aux résistances syndicales les mieux organisées et les travailleurs des pays moins avancés socialement, bris les résistances et obtient de l’obéissance et de la soumission, par des mécanismes en apparence naturels, qui sont ainsi à eux-mêmes leur propre justification. Ces dispositions soumises que produit la précarité sont la condition d’une exploitation de plus en plus « réussie », fondée sur la division entre ceux qui, de plus en plus nombreux, ne travaillant pas et ceux qui, de moins en moins nombreux, travaillent, mais travaillent de plus en plus. Il me semble donc que ce qui est présenté comme un régime économique régi pas les lois inflexibles d’une sorte de nature sociale est en réalité un régime politique qui ne peut s’instaurer qu’avec la complicité active ou passive des pouvoirs proprement politiques.

Contre ce régime politique, la lutte politique est possible. […]


Contre-feux, Liber, raisons d'agir, 1998 (Pierre BOURDIEU)

 

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La justice annule le retour aux 39 heures chez Sogerma

L'événement judiciaire va marquer l'histoire du droit du travail et les relations patronat-syndicat : l'épreuve de force entre Me Monique Guédon, l'avocate conseil de l'union locale CGT de Mérignac, siège de Sogerma Services, et de trois délégués syndicaux, et la direction de l'entreprise de maintenance aéronautique, a débouché sur l'annulation d'un accord d'entreprise considéré "défavorable" et "néfaste" pour les salariés aux yeux de la CGT. Celui-ci instaurait notamment l'augmentation du temps de travail hebdomadaire de 35 à 39 heures sans hausse de salaire. Il est appliqué depuis le 1 er juin à la quasi-totalité des salariés.

La première chambre civile du tribunal de grande instance de Bordeaux a annulé, mardi 26 juin, presque tous les articles de cet accord salarial collectif signé début avril entre la direction de l'entreprise et les syndicats majoritaires (CGC et FO). A l'époque, la CGT et la CFDT avaient refusé de signer. Après réflexion, la CGT, seule, avait décidé de porter l'affaire en justice. Du jamais vu pour ce type de dispositif.

L'accord salarial s'inscrivait dans une stratégie globale d'économies du nouvel actionnaire de la société, le groupe familial TAT qui, fin décembre 2006, a finalisé l'achat de cette filiale d'EADS (Le Monde du 5 mai). L'entreprise revenait de loin : quelques mois plus tôt, un psychodrame politico-économique se nouait autour de la Sogerma. D'un côté EADS annonçait sa décision de fermer le site de Mérignac, avec 1 000 salariés menacés de chômage. De l'autre, Dominique de Villepin, alors premier ministre, avait volé au secours de l'entreprise bordelaise.

"DONNANT-DONNANT"

Dans ce contexte, les salariés, dont près de la moitié a déjà quitté Mérignac, ont accepté sans sourciller les mesures du nouveau propriétaire pour retrouver des marges de manoeuvre financière et une meilleure compétitivité internationale. Parmi celles-ci, l'accord que viennent de dénoncer les juges de Bordeaux. Au préalable, un avenant au contrat de travail avait été proposé par courrier à chaque salarié. Ceux qui ont refusé de signer - 35 sur 475 - risquent le licenciement. Mais la décision de justice devrait tout remettre à plat.

En contrepartie de cette concession, l'entreprise s'est engagée à augmenter leur charge de travail pour qu'ils travaillent bien 39 heures et conservent leur niveau de salaire initial identique. "C'est simple" , lâche M e Guédon, "ils perdent en moyenne un mois et demi de salaire par an" . Argument de la direction de Sogerma Services, reprise par son avocat, M e Jean Néret, cette politique salariale "doit faire baisser de 20 % les coûts de production" .

La CGT et son avocat ont également critiqué le manque de motivation de l'accord. "Il ne démontrait pas, que ce soit sur le plan économique ou financier, la nécessité de baisser les salaires pour assurer la compétitivité de Sogerma Services" , juge Me Guédon. Un rapport du comité central d'entreprise de décembre 2006 - avant qu'EADS ne sorte de Mérignac et après quelques mesures de rationalisations - affirmait même que la société repartait "avec de bonnes perspectives en raison de la diminution du taux-horaire (prix de revient de l'heure de maintenance aéronautique) à 60 euros au lieu de 90 euros".

"Maintenant, s'il y a renégociation, nous serons en position de forces" , est persuadé Bruno Bacqué-Cazenave, un des requérants, délégué du personnel CGT. La décision du TGI "va aussi remonter le moral car, depuis la signature de l'accord, les gens courbaient l'échine sans enthousiasme", poursuit-il.

Les magistrats considèrent qu'un accord collectif ne peut pas être plus défavorable que le contrat de travail. Que le "donnant-donnant" , revendiqué par l'entreprise, n'était pas respecté : les salariés doivent fournir de nombreux efforts "en échange d'une simple obligation de moyen mise à la charge de l'employeur de (...) conserver des emplois, qui ne créent pas d'avantages nouveaux pour les salariés". Le TGI estime que l'engagement de la direction à fournir le volume de travail nécessaire afin de maintenir la rémunération initiale "ne constitue pas une obligation nouvelle". C'est l'obligation classique et légale de tout employeur qui formalise un contrat de travail. La direction n'a pas souhaité s'exprimer. Elle a trente jours pour faire appel.

De manière générale, "dans la mesure où le rapport de forces entre syndicats et patronat n'est plus ce qu'il était, le Medef cherche, par le biais de ces accords collectifs, à remettre en cause les fondements du contrat de travail , s'inquiète l'avocate de la CGT, la question des années à venir est de savoir jusqu'où et quand le contrat de travail va être légalement maintenu
et quel rôle va jouer l'Etat".

 

Claudia Courtois Article paru dans l'édition du 28.06.07
Source: lemonde.fr


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La maintenance ne passionne plus les SSII
La consolidation de ce marché s'est accélérée ces derniers mois, les SSII traditionnelles se débarrassant de ce genre d'activité.


Olivier Discazeaux , 01 Informatique (n° 1887), le 16/01/2007 à 10h20

La consolidation du marché de la maintenance et du support connaît un coup d'accélérateur. En France, en 2006, trois opérations majeures (1) ont eu lieu. La cession de l'entité EDS GFS (pour Global Field Services) à l'allemand A&O Group en fin d'année étant de loin la plus représentative. Quasiment en catimini, EDS s'est, en effet, séparé de cette activité, qui, en Europe, emploie 3 000 salariés, et 900 dans l'Hexagone - soit près du quart des effectifs français de la deuxième SSII mondiale. En France, cette structure destinée aux services dits de proximité est issue du rapprochement, en 2004, entre la société Memorex et la Française de maintenance, à l'origine une coentreprise entre EDS et le groupe la Française des jeux.

Les raisons de l'abandon de la maintenance par EDS sont sensiblement les mêmes que celles qui, quelques mois plus tôt, ont poussé Capgemini à revendre cette activité à Unisys. Les marges dans ce domaine - surtout sur le segment de la maintenance de parc micro - sont trop faibles pour qu'une SSII reste sur ce créneau.

Au-delà, le métier de mainteneur, qui suppose des interventions ponctuelles sur site, devient difficilement compatible avec celui de vendeur de prestations intellectuelles. « Il exige des centres de réparation et des structures assez lourdes, observe Ronan Mevel, analyste chez PAC. Sur l'entrée de gamme, le métier de mainteneur devient de plus en plus un métier de logisticien. » Plus besoin de savoir réparer un PC. On préfère aujourd'hui l'échange standard ou le service à distance.

La maintenance de serveurs haut de gamme est plus rentable

Entamée il y a quelques années, la consolidation pourrait s'amplifier, selon le cabinet PAC, qui a publié en décembre dernier une étude sectorielle sur le marché français de la maintenan­ce. Ce dernier représenterait un volume d'affaires de 2,2 milliards d'euros en 2006. Il a néanmoins enregistré une décroissance de 1,5 % sur l'ensemble de l'année dernière.

En fait, il s'agit d'un marché à plusieurs vitesses, la rentabilité variant en fonction du type de plate-forme utilisée. Les marges sur la maintenance de PC se restreignent : les revenus ont ainsi régressé de 8 % en 2006 sur ce segment, toujours selon PAC. Les sociétés positionnées sur la maintenance de serveurs haut de gamme s'en sortent mieux.

Il reste toutefois une place pour les acteurs de la maintenance micro. A condi­tion de rayonner sur tout le territoire hexagonal et de savoir monter en valeur ajoutée : déploiement sur site, services de téléassistance, de déploiement de logiciels à distance, etc. La tendance consiste ainsi à englober la maintenance du poste de travail dans des contrats d'infogérance. « La maintenance peut s'avérer une porte d'entrée vers l'infogérance d'infrastructures, notamment dans les PME », relève Ronan Mevel. En France, Osiatis a pris cette orientation. L'ex-Thomainfor (ex-filiale de Thomson CSF), autrefois moribond avant d'être racheté par Butler Capital Partners, s'est appuyé sur sa base installée de clients en maintenance pour développer l'infogérance d'infrastructures. Et la tierce maintenance applicative depuis le rachat de la SSII Focal.

(1*) Getronics France vendu à APX Synstar, l'activité maintenance de Capgemini à Unisys, et EDS GFS à A&O Group.

 

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